Lettre ouverte à Olivier Véran, Ministre de la Santé

Monsieur le Ministre,

Sauteriez-vous d’un avion sans parachute ?

C’est ce que l’on demande à nos soignants dans les ESMS.

En date du 25 mars, nous déplorions, dans un de nos Foyers d’Accueil Médicalisé de  32 places, que les 3 unités du foyer étaient contaminées concernant la moitié des résidents: 5 confirmés par test, 8 diagnostiqués par le médecin mis en isolement dans leur chambre, 3 hospitalisés dont une personne dans un état grave dirigée en soins palliatifs Covid-19, sans passage en réanimation. Le Directeur et le cadre de santé étaient atteints et confinés à leur domicile ainsi que d’autres professionnels. Nous nous attendions à de nouveaux cas d’ici la fin de semaine.

Nous signalions que le matériel des stocks avait été utilisé, pas de possibilité de renouvellement de matériel de protection malgré nos demandes incessantes. Les masques, uniquement chirurgicaux, seraient  à retirer quand ils arriveraient, les blouses, lunettes, charlottes … seront d’abord réservés aux établissements sanitaires.

Le bilan de ce jour confirme malheureusement  nos prévisions : 3 décès parmi les résidents, dont un retour du service de réanimation sans que l’on nous donne les moyens de l’accompagner, le Chef de Service, seul encadrant qui restait encore à la barre, contaminé à son domicile, 15 résidents contaminés sur les 29 restant, un professionnel sur 3 malade. Le médecin coordinateur lui-même est atteint.

En cause, l’absence de matériel de protection alors que le virus est déjà présent dans l’établissement. Dans les médias, on entend parler des services hospitaliers, des EHPAD, jamais des ESMS accueillant des personnes lourdement handicapées. La proximité des soignants avec ces personnes très dépendantes est majeure tant pour les soins et toilettes que pour les repas lorsqu’ils ont besoin d’aide. Les agents d’entretien, qui passent d’une chambre à l’autre, sont également concernés.

Pendant ce temps, le virus galope. Les professionnels potentiellement contaminées rentrent chez eux et contaminent leur famille, les infirmiers non protégés circulent entre les unités…

  • Comment stopper la pandémie si nous participons consciemment à la diffusion du virus ?
  • Comment protéger nos personnes vulnérables ?
  • Comment demander aux professionnels d’assurer leurs tâches auprès de personnes contaminées (testées positives) sans protection ?

L’ARS demande aux ESMS de préparer des unités réservées aux cas avérés. C’est impossible sans matériel.

Je ne cite que ce problème urgentissime. C’est déjà trop tard. Quid des foyers de vie, non médicalisés, qui maintiennent des personnes qui relèveraient d’un FAM, faute de places, et ne disposent d’aucun matériel de protection, ni de personnel infirmier

La réponse est urgente, non seulement pour les personnes handicapées, les soignants et leur famille, mais pour la société toute entière : inutile de prendre des mesures de protection dans la population si nous participons à la dissémination du virus !

Nous renouvelons notre gratitudes à tous ceux qui œuvrent avec dévouement  auprès des personnes malades, mais, de grâce, protégeons-les !

Prenez soin de vous comme nous essayons de prendre soin de ceux, personnes fragiles et professionnels dont nous avons la responsabilité.

Catherine Harpey